MOTS CLÉS : Slobodan Pajic, art, arts plastiques, art contemporain, plasticien, avant-garde, abstraction, art et violence, hasard, surfaces réfléchissantes, rupture, lumière, espace, espace,

VIDEO SANS TITRE 76  Attentif au progrès scientifique et technique, Pajic est, dès le début années 70, parmi les premiers artistes à utiliser la vidéo.


Par une manipulation maîtrisée d’éléments simples devant l’objectif du caméra vidéo, et grâce à un impeccable sens de temps et d’espace, Pajic créée des expériences émotionnelles d’une sensualité et d’un mystère jusqu’alors inconnus au médium vidéo.


Pour l’artiste, l’introduction du hasard dans la création des formes abstraites était une libération de se ses préoccupations du peintre et de l’exactitude géométrique de ses peintures conceptuelles. La rupture explosive des surfaces miroirs devient une métaphore pour sa rupture artistique avec des formes du passé.


Le Musée national d’art moderne produit l’une de ses premières vidéos, Sans titre 76 (Destruction du son et de l’image). Le Centre Pompidou présente cette vidéo au deuxième festival Vidcom à Cannes où son originalité et son importance sont reconnues par la communauté artistique.


SLOBODAN PAJIC

PAJIC       BIOGRAPHIE        PEINTURE        INSTALLATION LASER        FILM        VIDÉO 76        VIDÉO 77        CAPTEUR D’IMAGES        RÉFLECTEUR D’IMAGES          IMAGE RÉPÉTITIVE        GRAPHISME        VIDÉO LASER        INSTALLATION LASER        SCULPTURE        MÉMOIRES        ÉLÉCTROPHOTOGRAMME

 

Le travail de Pajic en vidéo est une conception originale de la violence dans ses rapports avec la création artistique. Ses médias, ce sont les miroirs, et la vidéo ou plutôt, il met en relation deux moyens de création pour exprimer les rapports de forces qui dominent la vie et l'art. Les miroirs ne reflètent pas le monde directement visible : de leur destruction va naître des formes bizarres, soumises au hasard, qui fondent leur signification réelle. On entend un son amplifié comme celui d'une machine de travaux publics. Il tombe ensuite une boule de métal sur le verre ; le choc de la cassure provoque systématiquement l'arrêt du son amplifié, tombe le silence. La répétition de la destruction de formes esthétiquement belles crée une tension sans cesse renouvelée, exprimant l'enchaînement entre agressivité et créativité.

Nicole Croiset  Vidéo Info  décembre 1976

SLOBODAN PAJIC   Le travail de Pajic est une recherche sur les rapports des formes et de la matière; une dialectique s'instaure immédiate-ment entre le blanc et le noir, la forme sphérique d'une bille d'acier et celle, carrée, d'un dessin posé sur le sol, entre la mollesse du coton et la dureté du verre et de l'acier, entre la lumière et l'ombre, entre le bruit et le silence, entre la genèse et la destruction d'une forme, entre la répétition d'un geste et sa brusque cessation... Pajic filme des carrés délimités par des frontières de plâtre, à l'intérieur desquels sont posés des carreaux peints en noir qui seront brisés par le jet violent d'une bille d'acier. Puis, il recouvre les carrés de coton qui va amortir le choc — le son va nous parvenir comme étouffé — tandis que la bille est régulièrement projetée contre ce nouveau dispositif. Pajic part du bruit du silence succédant à la musique violente, chaotique qui scande violence et destruction. Puis se produit un renversement complet du processus: le carreau de verre est ensuite projeté sur la bille Immobile, posée sur le plâtre, et dans un fracas de bris d'où jaillissent mille éclats, la musique devient bruit, puis s'arrête net.


L'image détruite se recrée inlassablement, mais elle n'est jamais tout à fait la même; une équivoque s'établit sur la différence/ressem-blance d'une même représentation, sur la fixation permanente d'une menace permanente et non-précisée. Le geste créateur/porteur de mort de la main qui perturbe l'image s'accom-pagne d'une musique lancinante; l'éclairage rend perceptible le grain de l'image et sa texture varie en fonction de l'intensité du spot lumineux. À la fin, une multiplicité des formes existantes — toujours la sphère et le carré — les fait se dédoubler et éclater en une déflagration finale, bientôt suivie par le silence absolu. Tous les sens en émoi sont mis en scène dans le suspens fragile de l'attente. Au lieu de produire un effet abstrait, le geste établit une communication sensorielle qui semble bien définir au moyen d'ordonnancements rigoureux et de rapports simples et analogiques, une concentration sur l'essentiel, but élémentaire de l'art vidéo.

Dany Bloch

Info Artitudes, n° 13

13 décembre 1976

page 27